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mardi 22 septembre 2015

derniers ciels d'été en Flandre


De rares eclaircies pour interrompre la grisaille revenue au dessus des Flandres... L'automne et ses cortèges de pluie est revenu en nos basses terres et dejà la saison ressemble étonnement à celle de l'année passée...





halte dunkerquoise pour le CGG Geo Caribbean


Une fois n'est pas coutume, alors que l'Ocean Phoenix est encore amarré au port dunkerquois, la flotte de la CGG continue de visiter le port flamand.
 
Le Geo Caribbean fait escale au port de Dunkerque. Il a rejoint, le 28 avril, la flotte immatriculée au registre international français. Appartenant à CGG, le navire sismique tout comme son sister ship, le Geo Celtic, sera désormais géré par GeofieLD, la joint-venture entre CGG et Louis Dreyfus Armateurs et armés par des équipages de LDA. Ils étaient, jusqu'ici, armés par la société norvégienne Wilhelmsen.
 
Le Geo Caribbean, construit en 2008, est sorti des chantiers Bergen. Les deux navires avaient été construits, à l'origine, pour le groupe néerlandais Fugro, depuis racheté par CGG. D'une longueur de 101 mètres, ils peuvent être équipés de 14 streamers destinés à l'acquisition sismique. L'arrivée de ces deux navires portent à neuf le nombre d'unités gérées par GeofieLD (Oceanic Challenger, Oceanic Phoenix, CGG Amadeus, CGG Alizé,CGG Venturer, CGG Symphony ,CGG Princess)...






jeudi 17 septembre 2015

15 septembre 2015, chez les migrants de Grande-Synthe (59)... quand l'histoire se répète...



Mardi 15 septembre 2015, Dunkerque et le littoral sont littéralement noyés sous des trombes d’eau. Bien à l’abri derrière nos fenêtres closes, nous sommes tous heureux d’être au sec et plus ou moins au chaud. C’est vrai que soixante-dix de paix dans nos villes aident à faire de nos maisons de douillets cocons. Cependant, une association caritative locale, les Amis de Jacques Bialski, me demandent de venir avec eux jusque Grande-Synthe. Beaucoup de bénévoles sont des amis, aussi je me laisse facilement convaincre. Chaque vendredi soir, cette association organise des maraudes en centre-ville de Dunkerque pour amener repas et vêtements aux SDF de la ville, de plus en plus nombreux à se faire connaître au point que ces derniers temps, c’est une cinquantaine de repas qui sont ainsi servis. Cependant, les SDF ne sont pas la préoccupation unique des bénévoles. Ainsi le groupe une fois réuni se met en route pour rejoindre le camp.




La misère à nos portes
Difficile d’imaginer un tel concentré de misère à quelques pas des habitations. Un chemin boueux et défoncé mène à un terrain cerné par les arbres que l’on découvre une fois arrivé seulement. Des tentes serrées les unes contre les autres, quelques conteneurs, une benne, une épave de voiture, voilà qui constitue le décor d’un drame qui se joue tous les jours. Des hommes, souvent jeunes, mais aussi des femmes et des enfants se pressent autour du camion en espérant quelque chose qui puisse les aider quelque peu. Objectif de ce déplacement, apporter de quoi aider les plus faibles, notamment ces enfants en bas âge qui se pressent contre leurs mères. Le terrain est détrempé, le vent se lève et l’humidité mord à travers nos vêtements plus épais et plus secs que les leurs. On est bien loin de la tempête médiatique qui souffle au-dessus de Calais depuis plus d’une décennie. Non, le phénomène n’est pas nouveau, qui aurait oublié la polémique sur la fermeture de Sangatte ? Il ne fait que dramatiquement s’accentuer.
Inutile de dire qu’une fois l’équipe sortie du camp, les mots étaient malaisés à trouver même si les idées fusaient pour trouver de nouveaux moyens pour aider les migrants, que nous préférons appeler réfugiés, en collaboration avec d’autres associations. Nous qui prenons tant de soin au bien-être de nos enfants, comment accepterions nous de voir ces « petits bouts » en T-shirts et tongs sous la pluie ?



Derrière les mots
Au long de nos discussions au retour du camp, beaucoup de sujet revenaient sur la table, notamment les réactions que nous avions pu lire précédemment sur les réseaux sociaux et qui ne laissent de nous interpeller. Un média local ayant relayé un article sur ce camp où ne s’entassent pas moins de 700 personnes avait fait réagir de nombreux internautes tout le week-end. S’il y avait des commentaires empreints de compassion et de gens prêts à aider, d’autres, souvent dans un français approximatif, plus un sabir qu’une langue avançaient que ce n’étaient pas des êtres humains, que père, mère enfants, ils pouvaient crever, l’un demandait s’il restait des stocks de napalm tandis qu’un autre proposait de rouvrir les camps et de les gazer. Beaucoup aussi fantasmaient sur les 1000 euros que les réfugiés allaient recevoir chaque mois par l’Etat… et l’on avait beau apporter les preuves du contraire, impossible de leur en faire démordre.
Les mêmes hurlaient au scandale : pour eux, la France a de l’argent pour les migrants mais rien pour les SDF… Curieuse répétition des propos qu’ils tenaient il y a deux ans au sujet des Roms… La crise Rom est passée mais ils n’en sont pas venus pour autant à l’aide des SDF, que souvent ils ignorent quand ils les croisent dans la rue… mais laissons cela, la problématique des SDF relève d’autres enjeux et d’autres moyens, bien souvent à la charge, il est vrai des associations humanitaires et caritatives.





Parler de l’exil ?
Le plus frappant est le torrent de réactions sur les raisons de leur exil… Beaucoup de personnes avancent que les Français ne se sont pas sauvés pendant la Grande Guerre… Certes, mais pour aller où ? Puis les hommes du conflit 14-18 n’avaient pas trop le choix, les levées en masse et l’appel souvent devancé des classes ne laissaient pas beaucoup de choix. Puis l’enseignement de l’histoire de la Grande Guerre fait méconnaitre des pans entiers de l’histoire réelle du conflit. Car beaucoup ignorent ou méconnaissent ce qui s’est passé loin des tranchées que l’on cite en exemple. Combien savent que dès le début du conflit, le gouverneur militaire de Dunkerque évacua les « bouches inutiles » du camp retranché… Ainsi la grand-mère maternelle de l’auteur de ce billet se retrouva à Mur de Sologne dans le Loir-et-Cher… trop jeune pour travailler dans les usines. Combien ignorent que la partie du département occupée par les troupes du Kaiser était soumise à un régime terrible avec des otages civils que l’on fusillait dans les fossés de la citadelle de Lille, que les habitants devaient placer sur la porte des maisons la liste nominative des habitants des lieux, que les réquisitions vidèrent les villes et les campagnes de leur substance économique ? Que les Allemands utilisaient la déportation des civils jusqu’en Allemagne pour moyen de rétorsion et que des femmes étaient enlevées pour servir dans leurs bordels militaires de campagne… Que nous n’avons pas fini encore le déminage des combats de cette époque et que certaines de nos villes et villages furent rasés jusqu’aux fondations des maisons…Mais c’est vrai, eux, internautes de 2015 ne seraient pas partis car ils se seraient battus… 
 

D’autres en viennent à évoquer le comportement des Français qui ne sont pas partis pendant la seconde guerre mondiale… C’est glorieux la seconde guerre mondiale. Non, eux, Dunkerquois auraient fait comme leurs parents et grands-parents seraient restés se battre… Partir de Dunkerque entre 1940 et 1944 ? Certes, beaucoup ne l’auraient pas fait… Mais une question se pose… Pour aller où ? Dans une France occupée par moitié jusqu’à l’invasion de la zone dite libre en 1942 ? Dans une zone dite libre dirigée par un gouvernement collaborationniste devançant les désidératas de Berlin ? Dire cela en faisant fi de toutes les images de l’exode sur les routes de France, des colonnes de civiles se jetant dans les fossés au moindre sifflement lugubre des Stukas… En oubliant qu’en 1944, la forteresse de Dunkerque fut évacuée sur ordre de l’Amiral Frisius qui prévoyait que tout homme trouvé passé la date fatidique serait passé par les armes sans autre forme de procès… Il ne resta à Dunkerque alors qu’environ 500 civils dunkerquois parqués dans quatre camps d’internement de civils. Ainsi la grand-mère de l’auteur de ce billet repris la route en 1944 vers Champignol-les-Mondeville dans l’Aube, avec six enfants et enceinte de la dernière tandis que son mari, pompier à Saint-Pol-sur-Mer, restait à la limite de la Festung Dunkirchen puisque le service s’était replié à Bollezeele… Nul doute qu’elle aurait aimé avoir un smartphone à l’époque (puisqu’on reproche cela aux réfugiés) pour avoir des nouvelles de son époux… Tout le monde désormais a un téléphone portable et une connexion internet, la plupart décrivent par le menu toutes leurs activités, jusqu’à leur repas, voir la consistance de leurs selles mais attention, les réfugiés eux, ne devraient pas pouvoir tenter de joindre leurs proches… Pourquoi les aider, ils ne sont pas de chez nous… Même réaction que dans le village où atterrit ma grand-mère où l’on ne voulait pas lui vendre à manger car on ne voulait pas de l’argent des « Boches du Nord »… et l’on nous parle de la solidarité intemporelle du peuple Français ?





La peur du terrorisme
D’autres encore usent de l’argument massue : parmi ces migrants, combien de terroristes djihadistes ? A regarder les auteurs d’attentats de cette mouvance en France ces vingt dernières années l’on s’aperçoit qu’ils sont dans une écrasante majorité nés en France, souvent convertis ou radicalisés en prison… Le fantasme de la cinquième colonne a encore de beaux jours devant lui ! Exactement le même argument lorsqu’en 1940 l’on accusait les Belges réfugiés en France de guider les pilotes allemands avec les couvertures rouges pliés sur leurs vélos... couvertures, rappelons-le, distribuées par la Croix Rouge… la Paranoïa ne semble pas avoir de période préférées…

Non, décidemment, depuis que les réseaux sociaux se sont immiscés dans notre intimité, non seulement la parole se libère mais elle ne se contrôle plus… Enfin… ces mêmes personnes abreuvent l’internet sur le comportement réel ou supposé de leurs parents et grands-parents lors de ces fameuses dernières guerres… Bravacherie ou stupidité car nul ne sait comment il réagirait sous une pluie de bombes ou lorsque l’on se retrouve avec un pistolet sur la tempe, quand on vous fait défiler devant des cadavres décapités… Facile de s’enorgueillir de lauriers que l’on n’a pas gagné… déjà que la plupart des gens ne bougent pas quand une femme se fait agresser dans la rue, alors dans un pays en guerre… bref, ne nous minons point le moral par de tels propos… enfin, essayons.



Des drames multiples
Tentons de voir au-delà des images relayées par les médias. Cet exode massif est un drame a plus d’un titre et les habitants de nos terres septentrionales devraient plus que d’autres en avoir conscience, eu égard à l’histoire de notre région. Tout d’abord il faut garder à l’esprit le déracinement terrible de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants (le Français, si peu mobile et si attaché à sa terre et son terroir, contrairement à d’autres peuples devrait le comprendre). Qui peut se vanter de devoir laisser famille et amis, ses biens, son histoire derrière lui et prendre des risques en se mettant sous la coupe de passeurs peu scrupuleux. Les nombreuses morts en Méditerranée comme sous le tunnel sous la Manche qu’évoquent les médias n’en sont-elles pas une cruelle illustration ?
L’on nous dit que ce sont des hommes jeunes qui ont quitté leur pays, mais qu’importe l’âge, qui supporterait de perdre la situation que l’on a chez soi pour échouer dans un camp de toiles battu par les vents, de dormir dans la boue sur les chemins de l’exil ? Les détracteurs des migrants se plieraient ils de bonne grâce à de telles vicissitudes ? Je ne saurais le dire... Tout perdre pour sauver sa vie, n’est-ce pas une démarche difficile pour ceux qui étaient auparavant étudiants, médecins, journalistes car à discuter avec certains, malgré les difficultés de la barrière de la langue, beaucoup avaient une belle situation… Qui ne tenterait pas de sauver sa vie ou celle de ses enfants ? Car je pose la question à ceux qui liront ces lignes : que feriez-vous si la vie de vos enfants était en danger ?
Allons plus loin… Voilà des familles entières, des cohortes de jeunes hommes (car pour entreprendre un tel périple, il en faut des forces et du courage) qui ont tout quitté mais si d’aventure la guerre se termine dans leurs pays respectifs, s’il est possible de battre les groupes islamistes qui les ont poussé hors de chez eux, pourront ils retourner chez eux. Car le drame des migrations se joue aussi dans les pays de départ : combien de bras manqueront, combien de compétences disparaitront ?  Imaginez une France où la plupart des artisans et des jeunes diplômés partiraient sans espoir de retour ?
Laissez de côté l’argument terrible : « ils ne sont pas de chez nous », « ce sont des étrangers »… la mentalité française est pétrie de la notion d’étranger, dans certaines campagnes encore, l’étranger est déjà celui qui vit dans le village voisin… et les Français d’oublier qu’ils sont un peuple au trois-quarts constitué d’étrangers et de descendants d’étrangers (d’ailleurs le seul peuple de France à n’avoir pas migré bien sont les basques), que dans le département du Nord, nous ne sommes français que parce que Louis XIV a racheté Dunkerque en 1662 et a conquis Flandres et Hainaut entre 1667 et 1677… Tout est donc très relatif ! La France, du moins son territoire actuel a toujours été sur les grandes routes migratoires, le substrat gallo-romain n’a-t-il d’ailleurs pas été importé par des « étrangers » venus de l’autre côté des Alpes ? Le nom même de France n’est-il pas un apport de populations installées dès la fin de l’Empire romain venant de l’autre côté du Rhin… Mettons donc au défi toute personne se proclamant totalement et entièrement française d’en apporter la preuve irréfutable, ce serait bien méconnaître l’histoire de nos pays.




Et après ?
Pour l’heure, que faire ? Se contenter de regarder la télévision et se complaire dans une compassion stérile et contemplative ? On se trouve quasiment dans le même cas de figure de la non-assistance à personne en danger. A vous donc de contacter les associations qui agissent sur le terrain. Le monde ne se change pas à coups de révolution, le monde est un vaste édifice qui ne change si chacun apporte sa pierre, si petite fut-elle… Le fondateur du Secours Catholique avait coutume de dire que la charité n’avait pas d’heure, ajoutons que la solidarité ne fait pas de distinction… Quant à ceux qui ont gardé un reste d’éducation chrétienne, n’oubliez pas la fameuse phrase du Nazaréen : « ce que vous faites au plus petit d’entre vous, c’est à moi que vous le faites ». Chrétien ou non, musulman ou juif, athée ou agnostique, ce n’est que le devoir d’Homme, d’Humain, d’Humaniste… car le mal progresse par l’inaction des gens de bien.




mardi 15 septembre 2015

et l'automne s'installe en Flandre maritime






Le retour de Jean Bart

Inaugurée le 7 septembre 1845 en présence de l'Amiral prince de Joinville, journée faste où fut chantée pour la première fois la fameuse cantate qui retentit à chaque rigodon marquant la fin de la bande des pêcheurs, la statue de Jean Bart constitue le point de ralliement des Dunkerquois. Elevée sur l'ancienne place royale qui prit le nom du corsaire dunkerquois, la statue de David d'Angers (à qui l'on doit aussi la statue de Gerbert d'Aurillac, le pape de l'an Mil) est passée au travers des guerres. Cernée par les bombes et les pavés projetés en l'air par les bombes de la Grande Guerre, épargnée par les tirs de la Seconde et par les occupants allemands, impossible de trouver un Dunkerquois qui ne sache pas les grandes lignes de ce qui lui valut son anoblissement par Louis XIV. Pour les détails, par contre, c'est un peu plus difficile mais il reste un symbole. Né sous la couronne d'Espagne, devenu Français au rachat de la ville en 1662, fils du peuple devenu chef d'Escadre à une époque où l'on achetait plus facilement son brevet qu'on ne le gagnait, roturier devenu noble, sujet récent de la couronne de France qui sauva le royaume de la famine après la bataille du Texel, tous les symboles sont interprétables dans son histoire et dans le rapport que les Dunkerquois entetiennent avec lui. Néanmoins, au terme de 170 ans soumis aux vicissitudes historiques et météorologiques, l'actuelle municipalité a décidé de lui offrir une cure de rajeunissement. Encagé quelques semaines dans de hauts échafaudages bachés, soustraits à la vue du public hormis quelques curieux qui n'ont pas hésité à entailler les baches, la rénovation a entretenu l'intérêt du public... qui vit sa curiosité satisfaite samedi 12 septembre 2015... Les commentaires entendus dans la rue comme sur les reseaux sociaux sont tranchés, les uns adorent, les autres detestent et beaucoup en plaisantent... Nous vous laissons seuls juges et pour cela, vous trouverez ci après quelques photos datant d'avant la rénovation et bien entendu, la statue telle que nous pouvons la voir depuis quelques jours...











vendredi 11 septembre 2015

A toutes précisions utiles : une Flandre ou des Flandres ?

In R. BLANCHARD, Etude géographique de la plaine flamande (en France, Belgique, Hollande) - Université des Lettres de Lille, 1906

Une Flandre ou des Flandres?
La confusion est augmentée encore par l'emploi fréquent du pluriel Flandres. On dit couramment les Flandres pour la Flandre, et dans le monde savant plus que dans le peuple. En usant de ce pluriel peut-être veut-on confusément exprimer que la Flandre n'est qu'une juxtaposition de petites régions sans unité, artificiellement rassemblée par un fragile lien politique [note de l'auteur : C'est ce que dit formellement Michelet : " Ce nom, les Flandres, n'exprime pas un peuple, mais une région de pays fort divers, une collection de tribus et de villes. Rien n'est moins homogène" (Histoire de France, édition de 1837, tome III, pp 45-46)]. Mais que l'on examine les origines de ce pluriel, et l'on verra que les nombreuses raisons qui ont fait distinguer de tout temps en Flandre plusieurs Flandres ne sont pas d'ordre géographique et n'empêchent pas de considérer le pays flamand comme une région naturelle. Sans doute le nom même de Flandre, "de Vlaanderen", est un pluriel. Pourtant, il ne s'agissait guère, à l'origine du nom, de désigner plusieurs régions artificiellement réunies; rien n'était plus simple que ce petit territoire situé au Nord et à l'Ouest de Bruges, cette étroite marche de défense contre les Normands; mais le mot était employé au pluriel soit qu'il vint du latin Planaria et indiquât les vastes terres plates de la région poldérienne, soit qu'il fut à la fois le nom du pays et celui des habitants et désignât la terre des fugitifs. C'est du flamand, et par habitude, que le pluriel passé à l'équivalent latin, s'étendit au comté tout entier, et fit employer jusqu'au XIII° siècle les termes de "Flandriae" et de "Comes Flandriarum». Vinrent ensuite les motifs de distinguer plusieurs Flandres, lorsque les comtes agrandirent leurs domaines de terres qui appartenaient à l'empire; et l'on eut à côté du comté proprement dit, placé sous la suzeraineté française, une Flandre impériale, dépendant de l'Empereur, et comprenant les quatre-Métiers, le Pays de Waes, le comté d'Alost et la ville de Grammont. Dans la partie relevant de la France, on ne manqua jamais de faire non plus la différence entre pays de langue française et pays de dialecte germanique, Flandre wallonne et Flandre flamingante. Même la partie flamingante comportait encore deux autres divisions : d'un côté l'Ost-Flandre, le pays de Gand, de l'autre le West-quartier, distinction qui correspondait à peu près aux deux circonscriptions ecclésiastiques: à l'ouest l'évêché de Thérouanne s'étendant jusqu'à l'Yser, à l'Est l'évêché de Tournai. Toutes ces distinctions de suzeraineté, de langue, de pouvoirs temporels et spirituels, se compliquèrent encore à partir du XVII° siècle, lorsque la Flandre fut partagée entre trois puissances. Les Hollandais annexèrent le Nord, qui fut dès lors connu sous les noms de Flandre des Etats, ou Flandre zélandaise, la plus grande partie du comté, restée à l'Espagne, fut la Flandre espagnole, plus tard autrichienne; le Sud devint français. Même dans ce territoire assez restreint de la Flandre française, le pluriel parvint à se glisser encore, car le gouvernement de Louis XIV fit de sa conquête deux petites provinces; la Flandre Wallonne au Sud de la Lys avec Lille, Douai et Orchies; la Flandre maritime ou "du côté de la mer" entre la Lys et la côte. Cette distinction disparue avec la Révolution, une autre naquit dans la Flandre autrichienne, divisée par la République en départements de la Lys et de l'Escaut, dont le gouvernement hollandais fit en 1815 les deux provinces de Flandre Orientale et Occidentale. Ainsi de nos jours encore il existe quatre Flandres: Française, Hollandaise, Orientale et Occidentale. Et c'est de cette division arbitraire, due aux hasards des conquêtes, que vient la survivance du pluriel, sans compter la confusion entre Flandre et pays de langue flamande, qui fait parfois appeler Flandres ou région flamande, toutes les provinces germaniques de la Belgique.


L'unité attestée par l'histoire
Rien n'autorise donc à nier l'unité géographique de la Flandre dans ces distinctions de Flandre impériale, hollandaise, française, wallonne, flamingante, dues à la situation du pays dans une contrée ouverte et riche, facile à l'invasion, au contact des deux idiomes et de deux races refluant sans cesse l'une sur l'autre. L'Histoire de Flandre, au contraire, à laquelle ces dénominations sont pourtant dues, semble prouver d'un bout à l'autre l'existence d'une Flandre homogène, durable et puissante. Ces luttes de ville à ville, Gand contre Bruges, Ypres contre Gand, qui ont frappé les historiens et leur ont inspiré des doutes sur l'unité du pays, étaient fatales au moyen-âge entre concurrentes ayant les mêmes besoins et les mêmes intérêts, dès lors jalouses et rivales; les mêmes phénomènes se retrouvent à la même époque dans les puissantes cités italiennes, et pourtant personne ne nie l'originalité géographique de la Lombardie ou de la Toscane. Quant à la durée, rares sont les provinces françaises qui ont eu si longtemps une existence distincte; pendant huit siècles, du milieu du IX° siècle à la fin du XVI° siècle, la Flandre est restée elle-même, et elle n'a commencé d'abdiquer sa personnalité que dans la gloire de donner, en la personne du Gantois Charles Quint, un maître à l'Europe. Seule en France, elle avait acquis dès le XII° siècle et retrouvé aux XIII° et XV° siècles une puissance et une richesse incomparables. Elle est encore la seule province qui ne se soit jamais laissée enserrer dans les mailles du domaine royal, malgré les tentatives d'une Philippe-Auguste, d'un Philippe le Bel, d'un Louis XI et qui ait affirmé de siècle en siècle, à Courtrai, Cassel, Roosebeke et Gavere, son autonomie à l'encontre des rois et des comtes de sang étranger. Sa personnalité s'est révélée à certaines époques jusque dans une littérature et un art originaux. Il y eut en Flandre au XV° siècle une floraison d'écrivains et d'érudits qui a peut-être contribué largement à la renaissance de l'humanisme en France, et surtout un art bien flamand, qui exprime la tranquille nature du pays, introduit le réalisme flamand dans la convention des objets sacrés, élève des monuments adaptés aux goûts et aux besoins des bourgeois de Flandre. Cette originalité intellectuelle, cette indépendance si farouchement défendue et conservée, cette puissance et cette durée, ce sont là des traits qui semblent l'expression d'un pays homogène, conscient de son unité; la présence d'une forte individualité historique est au moins une présomption que cet organisme politique s'est développé dans une région naturelle différenciée. S'il est vrai que les régions naturelles "sont celles qui conservent la plus longue durée dans l'histoire, celles qui sont aptes à atteindre le plus grand développement matériel et la plus grande force" [note de l'auteur : Barrois, Ch. : des Divisions de la Bretagne (Ann. Géog. VI, 1897, pp 23-24)], la Flandre est bien une de ces unités privilégiées.


Incertitude des limites historiques
Il est vrai que si l'histoire atteste qu'il y eut une Flandre, elle ne nous en donne guère les limites. Rien de plus variable que ces frontières politiques du comté. Au X° siècle, nous le trouvons étendu du Zwin à la Canche; Arras en est la capitale, et les pays romans y tiennent presque autant de place que les contrées germaniques. Au XI° siècle, le comte Baudoin de Lille annexe les Quatre-Métiers et le pays de Waes, franchit l'Escaut et étend ses domaines jusqu'au-delà de la Dendre. La Zélande lui appartient, et le protectorat du Hainaut; Cambrai tome entre les mains des Flamands. Puis le reflux se dessine; Philippe-Auguste met la main sur l'Artois et refoule la Flandre au-delà de Tournai; la Zélande échappe au protectorat, et la Flandre ne sauve sa liberté qu'en abandonnant la partie wallonne à la France. Même l'extrémité occidentale du West-quartier, désagrégée en douaires et apanages, semble se détacher du comté. Cependant l'expansion recommence; la politique des ducs de Bourgogne récupère la Flandre Wallonne, Philippe le Bon et Charles le téméraire portent leur frontière bien au-delà de la Canche, et l'on bataille deux siècles encore pour la possession de l'Artois. Si les frontières politiques de la Flandre ont été de bonne heure fixées au Nord et à l'Est, on peut dire que vers le Sud-Ouest le pays n'a jamais eu de limites historiques. L'histoire nous a bien révélé l'énergique vitalité de la petite patrie flamande, qui s'affirme encore aujourd'hui dans les mœurs, les sentiments religieux et les idées politiques des Flamands de France, de Belgique et de Hollande; mais elle n'a pu ni en définir les caractères géographiques, ni en fixer les limites."


si vous passez par Dunkerque en ce jour

Malgré de nombreuses vicissitudes, la statue de Jean Bart est un point de repère qui a passé haut la main les deux guerres à Dunkerque. Depuis 170 ans, l'oeuvre de David d'Angers se dresse sur l'ancienne place royale de la ville et a reçu cette année sa première cure de jouvence... Elle sera dévoilée ce jour au public, comme une nouvelle inauguration... si d'aventure vous passez par là...

journées du Patrimoine 2015 au fort de Leveau



Les 19 et 20 septembre, le fort ouvrira ses portes comme tous les ans à l'occasion des journées européennes du patrimoine.
Le samedi soir de 20h à minuit, une balade nocturne sera proposée au public . Le dimanche de 9h à 18h, le public pourra découvrir le fort et son musée en visite libre ou guidée.
Le dimanche à 11 heures, aura lieu l'inauguration de la nouvelle exposition temporaire consacrée à l'histoire des Femmes durant la Grande Guerre.
Entrée gratuite !
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samedi 5 septembre 2015

Dans le Nord, les citadelles du XVIIe font peau neuve

Autrefois "cités interdites", occupées par les militaires, les citadelles du Nord de la France s'offrent une cure de jouvence avec des programmes ambitieux, devenant des quartiers de ville où l'on pourra étudier, dormir ou se divertir, à Amiens, Arras et Lille. 

 "C'est un sacré défi de transformer une cité militaire, conçue pour être repliée sur elle-même, de l'ouvrir et d'en faire un quartier de ville !", s'exclame Patrice Joosep, directeur général adjoint de la communauté urbaine d'Arras, qui gère la citadelle.

Maillon du "pré carré" dessiné par Vauban (1633-1707) afin de défendre la frontière nord du royaume de France contre la menace venue des Pays-Bas espagnols, la citadelle (de l'italien cittadella, petite ville) d'Arras était conçue pour abriter une garnison de 1.500 soldats et répondre à leurs besoins : dormir, manger, prier et bien sûr défendre les lieux. Quand, en 2009, les derniers militaires quittent "La Belle inutile", la communauté urbaine hérite d'un cadeau empoisonné. Que faire de ces 47.000 m2 de bâtis sur quinze hectares, un joyau de l'architecture militaire, "où il faut trois formulaires, cinq autorisations et dix courriers pour planter un clou dans une porte", dixit M. Joosep ?

Après quelques projets farfelus, dont un parc d'attraction consacré à Louis XIV, la communauté urbaine opte pour la "mixité de fonction". Cinq ans après les travaux et 45 millions d'euros investis -aux trois-quarts, des fonds privés-, la citadelle, labellisée patrimoine mondial de l'Unesco, offre un étonnant catalogue d'usages : des logements, une pépinière d'entreprises, une fromagerie dans une ancienne poudrière, un data center au pied d'un bastion, un
parcours d'accrobranches, une miellerie, le festival de musique du Main Square festival ou encore une école formant aux métiers de bouche... La mutation du lieu n'est pas encore achevée, il reste à transformer le beau bâtiment en brique et pierre de l'arsenal et la porte royale. Mais la communauté urbaine laisse planer le mystère sur leur usage...


'On ne la voyait plus !'

A une heure plus au sud, ce sont les pelleteuses et les marteaux piqueurs qui eux résonnent au milieu de la citadelle d'Amiens. "Cette citadelle a été complètement fermée au public depuis sa création en 1622 ! L'occasion est offerte de l'ouvrir à tous en proposant une nouvelle vocation et une mixité d'usages", expose Jean-Maurice Moulenne, directeur du projet, où travaillent plus de 200 ouvriers.

Depuis le toit du grand casernement, on distingue la cathédrale gothique et la tour Perret. Ce programme ambitieux (111 millions d'euros de fonds publics) doit permettre d'implanter au milieu de la citadelle construite par le père spirituel de Vauban, Jean Errard (1554-1610), les départements de langue, histoire et philosophie de l'université de cette ville comptant 26.000 étudiants.

Après un concours d'architecture international (avec Tadao Ando, Richard Rogers ou encore Jean Nouvel), c'est Renzo Piano, concepteur du centre Pompidou à Paris, qui tente "de mettre une université dans un fort", en faisant attention "à ce que dans la journée, enseignement et vie quotidienne se mélangent", selon les termes du Génois.

Autour d'une large place d'armes, les 4.000 étudiants auront à disposition en septembre 2016 cinq amphithéâtres, une bibliothèque, mais aussi une cafeteria et des commerces, dans un mélange prometteur d'architecture militaire et contemporaine. "C'est un chantier fondamental pour le positionnement universitaire d'Amiens mais aussi pour la liaison entre le nord et le centre ville", explique Jean-Yves Bourgois, élu et Président d'Amiens Aménagement, en référence aux quartiers sensibles situés au nord de la capitale picarde, théâtre d'émeutes urbaines en 2012.


"Un Central Park à Lille"

A Lille, la "Reine des citadelles", qui lança la carrière auprès de Louis XIV du jeune Vauban, est l'une des rares à avoir conservé sa vocation militaire avec la présence à l'intérieur des vieux murs du quartier général du corps de réaction rapide de l'armée. Mais tout autour de ses bastions, la citadelle, surnommée "le Central Park lillois" (90 hectares), est devenue au fil du temps un lieu de villégiature prisé (zoo gratuit, parcours de footing, jeux pour enfants). Mais "on ne la voyait plus", observe Jacques Richir, adjoint au maire chargé du cadre de vie, notamment en raison d'un parking géant et d'arbres mal placés.

"On remet la citadelle en scène dans la ville, elle va redevenir visible", se félicite-t-il, avec la reconstitution des ouvrages militaires disparus, le glacis et le chemin couvert et une promenade d'un kilomètre le long de la Deûle, d'après un projet du paysagiste Michel Corajoud (1937-2014), auteur des quais de Bordeaux.

Le chantier doit s'achever au printemps 2017 pour un coût de 23 millions d'euros.

source : France 3 Nord-Pas-de-Calais

mercredi 2 septembre 2015

le Jean Bart, dreadnought de la Grande Guerre


Le cuirassé déployé durant la première guerre mondiale est long de 165 mètres et large de 27, le "Jean Bart" a 9,02 mètres de tirant d'eau et déplace 23.467 tonnes. Ses turbines, d'une force de 29.000 chevaux, donnent une vitesse moyenne de 20 noeuds. Armé de 12 canons de 305 répartis en six tourelles, elles sont placées par quatre en quadrilatère et deux superposées dans l'axe. Ces tourelles sont à trois niveaux différents au-dessus de la flottaison : 11,5 m, 9 m et 6,5 m... Le "Jean Bart" peut tirer en seule bordée dix de ses pièces de 305 ce qui permet de concentrer sur l'adversaire une masse de 4.100 kg de projectiles. Quant à l'armement secondaire, il est constitué par 22 pièces 138 et quatre tubes lance-torpilles sous-marins...


La vie du croiseur ne se résume pas au combat. Ici c'est jour de blanchissage sur le "Jean Bart", les matelots ont suspendu leur linge sur le pont du cuirassé. Au début de la guerre, le "Jean Bart" battait pavillon de l'amiral Boué de Lapeyrère mais le 21 décembre 1914, il est attaqué dans le canal d'Otrante par un sous-marin autrichien et atteint à l'avant par une torpille. Ses cloisons étanches le préservent d'une avarie essentielle lui permettant de se rendre à Malte pour réparation. Mis en chantier en 1910, il a été achevé en 1913 alors que les cuirassés du programme de 1906 avaient demandé e cinq à six ans pour leur construction...