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mardi 21 juin 2016

Dunkerque face à la guerre de 1870



In Dr Louis LEMAIRE – « Histoire de Dunkerque, des origines à 1900 », réimpression de l’édition de 1927, Westhoek éditions, Dunkerque, 1980, 447 pages, pp 429-432
  
 
L’année 1870 avait débuté dans le calme et dans les fêtes…
Tout semblait aller pour le mieux. Lors du plébiscite du 9 mai réclamé par le gouvernement, l’acquiescement avait été unanime en faveur de l’empire libéral.
 
Vers le 9 juillet cependant, des bruits de guerre, auxquels personne ne voulait vraiment croire vinrent troubler la quiétude de la population. Quelques préparatifs furent effectués en hâte par l’autorité militaire… Les événements se précipitèrent : le 19, la guerre était déclarée !
 
Le 21 juillet, le 98e de Ligne accompagné d’une population en délire chantant le Chœur des Girondins quittait Dunkerque pour l’armée du Rhin.
Alors arriva le contre-amiral Moulac, nommé préfet maritime, qui prit la direction de la défense de la côte. La ville fut mise en état de siège.
 
On en procéda pas moins aux élections. Le 7 août, la municipalité Delélis fut réélue. Puis la Garde nationale sédentaire dut réorganisée, sous le commandement du colonel Nivelle.
Bientôt hélas ! Se succédèrent les mauvaises nouvelles : Mac Mahon battu à Frœschwiller, Frossard à Spickeren. Ce fut à cette dernière bataille que le général Doens, né à Dunkerque le 31 octobre 1810 fut blessé mortellement. Le casino ne ferma ses portes qu’à l’annonce du désastre de Sedan. Le 4 septembre, Dunkerque apprit la déchéance de l’Empire.

 Jules Delélis, maire de Dunkerque


 
Le maire Delélis, en présence de la gravité de la situation, fit appel au concours des habitants de la ville et la banlieue pour travailler aux fortifications et accumuler des approvisionnements : l’éventualité d’un siège pouvait en effet être envisagée. Chacun se mit à la tâche avec une activité fébrile. Le colonel de Mazug, commandant la place, pour en éclairer les abords, fit abattre comme en 1793, tous les arbres qui garnissaient les glacis, notamment ceux qui constituaient en ébauche de square à la porte de Rosendaël.
 
L’avènement de la République amena un remaniement parmi les autorités. Le maire et ses adjoints qui avaient été nommés par l’Empereur, démissionnèrent, tout en restant conseillers municipaux. Il fallut procéder au remplacement du sous-préfet. Malgré la compétition de Léon Herbart qui prétendait s’accrocher à ce poste, ce fut J.-B. Trystram qui fit désigné pour l’occuper.
Alors le journal « L’Autorité », se rallia au nouveau régime. La place Napoléon changea encore une fois de nom…
 
Le 9 septembre, Ezéchiel Lebleu, ancien commandant du Génie, fut nommé maire provisoire. La situation devenait pénible. Les Parisiens quittaient leurs foyers et se réfugiaient loin de la capitale menacée. Dunkerque reçut beaucoup de ces fugitifs.
 
Peu après, toute communication fut coupée avec la grande ville assiégée : plus de télégrammes ni de journaux de Paris ! Les nouvelles n’arrivaient que par des voies détournées, le plus souvent déformées, ce qui augmentait encore l’angoisse qui étreignait les patriotes dunkerquois.
 
L’Escadre du Nord parut en rade et y stationna : on s’attendait à une incursion par la mer mais l’ennemi ne se présenta pas de ce côté ; aussi ce rôle de surveillance resta-t-il heureusement inutile. Car la ville n’était guère en état d’opposer une bonne défense. Malgré les efforts du colonel Nivelle, la Garde nationale, composée de deux bataillons, mal disciplinée, n’était même pas en état d’assurer le service de place.
Alors affluèrent les blessés qui furent soignés avec des moyens de fortune, dus surtout à l’initiative des particuliers : le service de santé qui était alors sous la coupe de l’Intendance n’était pas organisait et ne disposait que d’un matériel des plus rudimentaires. Une épidémie de variole qui entraîna 583 décès sur 1.800 cas observés dans la seule population civile vint compliquer la situation. Il était trop tard pour se plaindre de l’imprévoyance coupable dont on était victime, puisque la vaccination préventive aurait pu empêcher le développement de ce fléau.
 
Le 27 octobre, Metz capitulait. On pouvait croire que c’était la fin. Mais il fallait sauver l’honneur. Nombre de jeunes mobilisés dunkerquois, sachant à peine tenir un fusil, partirent à l’armée du Nord que commandait Faidherbe. Avec courage, ils luttèrent à Boves, Villers-Bretonneux, Bapaume et Saint-Quentin. Après l’échec de cette dernière bataille, les places frontières du Nord se virent directement menacées. On envisagea encore une fois les mesures nécessaires pour tenter autour de Dunkerque l’inondation protectrice.
Mais le sol belge avait été respecté par les belligérants. L’inondation pouvait s’étendre au-delà de la frontière et ruiner momentanément une partie du pays voisin. Le Gouvernement de Bruxelles s’en émut. La Chambre des Représentants envisagea la question de demander la neutralisation de Dunkerque ! Comme conclusion, le Ministre de Belgique à Paris reçut des instructions en vue de réclamer des indemnités pour les propriétaires qui seraient victimes de l’inondation.
 
Pendant ce temps, la Commission municipale étudiait les moyens de défendre la ville, se ralliait à un projet présenté par un Dunkerquois, Pyotte-Beyaert, qui, malgré l’opposition systématique des officiers du génie, avait fini par faire approuver son plan, et vota 50.000 francs pour élever un fort à Saint-Pol-sur-Mer.
Il était trop tard pour commencer l’exécution de ce travail. 
 
Le 29 janvier 1871, en effet, on apprenait qu’un armistice de 21 jours avait été signé avec Bismarck. Il fallait avant tout ravitailler Paris affamé.
Les quais de la gare, débarrassés de tous les impedimenta, furent bientôt encombrés d’approvisionnements de tout nature destinés à la capitale. Ceux du port, eux aussi, regorgeaient de marchandises que des caboteurs transportaient à Dieppe. Tous les bâtiments disponibles étaient réquisitionnés dans ce but. Une activité prodigieuse fut déployée.
Une catastrophe vint à ce moment ajouter de nouvelles tristesses à celles qui accablaient la courageuse population : le 7 février une cartoucherie installée dans le bâtiment de l’ancien casino fit explosion. On compta au moins 29 victimes auxquelles la municipalité fit faire de très dignes funérailles.

 le monument de l'explosion du 7 février 1871 au cimetière de Dunkerque-centre

Faidherbe avait donné le conseil d’envoyer le 22e Corps d’armée, par mer à Cherbourg. Dunkerque fut choisie comme lieu d’embarquement. C’était une très grosse entreprise qui allait aux derniers jours de la guerre assigner à son port un rôle d’une importance capitale : du 18 février au 4 mars, il y fut embarqué 20.249 hommes, 1.784 chevaux, 60 canons, 226 fourgons sur des frégates de l’Etat, et quatre transatlantiques envoyés de Saint-Nazaire. Le port était encombré. Plus que jamais on comprit la nécessité impérieuse de le doter de nouveaux bassins et de docks pour abriter les marchandises.
Alors que Paris, victime de la guerre civile, se voyait de nouveau séparé du reste de la France, la vie reprenait normale à Dunkerque. Les mobiles étaient congédiés. La Garde Nationale ne devait toutefois être licenciée définitivement que le 25 août.
 
La guerre était finie. La France sortait de la lutte, épuisée, diminuée, meurtrie. Elle ne pouvait se régénérer que par le travail. Les Dunkerquois par leurs efforts soutenus, fournirent à la Nation un magnifique outil qui contribua dans les dernières années du siècle à son relèvement économique.

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