Follow by Email

jeudi 30 juin 2016

à réfléchir, les terres du nord ont deux façades maritimes

Les Pays du Nord ont deux façades maritimes: la Manche et la Mer du Nord. La pêche, sportive ou non, et la plaisance ont une place privilégiée en nos ports... Et l'activité du sauvetage reste une priorité... Non content d'avoir des stations de sauvetage dont les budgets sont de plus en difficiles à boucler en raison des coûts de fonctionnement (navires spécifiques, assurances, carburant) et de ne fonctionner qu'avec des bénévoles, la SNSM est confrontée maintenant à de nouveaux "travers" de l'américanisation à outrance de nos sociétés qui vont compliquer la tâche des sauveteurs... L'article de la revue Mer et Marine (site :http://meretmarine.com/fr ) ne peut que susciter de légitimes inquiétudes...


Quand les sauveteurs se font trainer en justice par des plaisanciers mécontents

65% de l'activité de la SNSM est menée au profit des plaisanciers

 « C'est le monde à l'envers ». A la Société Nationale de Sauvetage en Mer, de nombreux bénévoles ne cachent pas leur émotion après les poursuites lancées contre l'institution. En Bretagne et dans le Midi, trois procès ont été intentés contre la SNSM, a-t-on appris auprès de l'association, dont les bénévoles assurent depuis des décennies le sauvetage au large des côtes françaises. Dans ces affaires, des plaisanciers, et visiblement leurs assurances, reprochent aux sauveteurs les dégâts occasionnés sur leurs bateaux. Les coques auraient, en effet, été « esquintées » lors d'opérations de remorquage consécutives à un appel de détresse. Si le remorquage des bateaux en difficulté ne fait pas partie des missions de la SNSM, qui sauve d'abord des vies, les sauveteurs acceptent la plupart du temps de ramener les bateaux des « naufragés ». Le remorquage n'est, toutefois, pas gratuit, les plaisanciers devant s'acquitter des frais en combustible nécessaires à l'opération. Jusqu'ici, aucun souci notable n'avait été rencontré. Mais, avec le développement considérable des loisirs nautiques, de nouveaux problèmes apparaissent avec l'arrivée d'un nouveau public, peu sensible aux dangers du milieu marin et aux risques pris par les sauveteurs. Dans son rapport annuel, la préfecture maritime de la Méditerranée évoque une population « consommatrice de secours ».

Les bénévoles veulent bien risquer leur vie mais pas se retrouver au tribunal

Pour la Préfecture, cette population est « souvent ignorante des choses de la mer. Inexpérimentée et peu autonome, cette population, à l'origine de nombreuses opérations de sauvetage, développe une certaine forme d'assistanat et les opérations d'assistance sont le plus souvent déclenchées en vue de prévenir un danger prévisible ». A l'image des autres modes de consommation, le sauvetage devient perçu comme un service intégré au sein d'un espace de loisir. Et en la matière, l'usager réclame des résultats, certains n'hésitant plus à se plaindre. Dans ce contexte, la SNSM doit, désormais, composer avec les risques juridiques. Après le déclenchement des procédures en Bretagne et dans le Midi, le trouble a gagné certaines stations. « Certains sauveteurs ont menacé de ne plus sortir si c'était pour risquer un procès. Les bénévoles veulent bien risquer leur vie mais ils n'y vont pas pour être attaqués en justice », explique-t-on au siège de l'association.
Face à cette problématique, la SNSM a entrepris, dans le cadre de son plan Cap 2020, d'instaurer une commission juridique. « Bien que la plupart des personnes secourues sont très reconnaissantes et offriraient la lune aux sauveteurs, il faut prendre ce problème en compte. Les bénévoles doivent se sentir soutenus car, autrement, ce sera la disparition du système ».
Comptant 3500 bénévoles répartis dans 232 stations, la SNSM assure plus de 50% du sauvetage en mer en France et réalise, chaque année, quelques 10.000 interventions. Ses bénévoles sauvent, en moyenne, 600 personnes d'une mort certaine.

mercredi 29 juin 2016

La transgression dunkerquienne

In G. DELAINE : « Les Wateringues du Nord de la France », 1969, réed. 1994, 436 pages, pp. 22-26

La controverse est toujours vive pour déterminer si l’invasion marine eut lieu au cours du IIIe, du IVe ou du Ve siècle, les récits qui nous ont été transmis sont trop imprécis pour que l’on puisse y ajouter foi. Deux faits nous permettent de toutefois de penser que cette inondation eut lieu au cours du IVe siècle, la présence des monnaies romaines dont la dernière portait l’effigie de Quintillius, IIIe siècle, l’absence de trace de civilisation franque sur les endroits recouverts par la mer. La transgression dunkerquienne est donc postérieure à Quintillius et antérieure à l’invasion franque.
 
Par ailleurs, la question fut longtemps posée de savoir si cette inondation avait été brutale ou progressive, c’est-à-dire si elle s’est produite sous l’action d’un tassement violent ou lent ou sous l’action d’une remontée brutale ou progressive de la mer.
 
Les constatations faites à partir des sondages semblerait prouver que l’invasion marine fut lente et progressive. Par contre, si l’on s’en tient aux écrits et que l’on se rapporte à l’ouvrage de M. DOLEZ (Les Moëres), on y lit que selon Augustin Thierry, « les habitants chassés de ces régions, allèrent à la recherche de plages plus hospitalières et notamment dans l’île de Bretagne (Angleterre) ; des hommes partis du territoire gaulois qu’on nomme aujourd’hui la Flandre, obligés d’abandonner sans retour leur pays natal à cause d’une grande inondation, abordèrent premièrement comme hôtes de bonne grâce et ensuite comme envahisseurs.. »
 
Ainsi donc, si ce que rapporte Augustin Thierry est vrai, il a fallu que l’inondation soit brutale et prenne l’allure d’un cataclysme pour que les Morins, surpris, se décident à traverser la mer, plutôt que de reculer vers l’intérieur des terres, d’autant que cette inondation laissait quand même quelques émergences, telle celle de Bergues.
 
Quoi qu’il en soit, la façon dont cette inondation s’est produite n’ayant aucune influence sur ce qui va suivre, nous laisserons là ce problème sans entrer plus avant dans le détail. Les causes de cette inondation étant accessoires par rapport à leurs effets, nous nous étendrons plus sur ce deuxième point. En effet, c’est à partir de cette transgression marine que va se former la couche de tourbe supérieure, constituée par la submersion des forêts marécageuses, et que notre sol de Flandre maritime trouvera sa constitution définitive qui fera la richesse du pays.
 
La tourbe étant constituée par des débris végétaux dont la flore est analogue à celle que nous connaissons actuellement, nous pouvons en déduire que nos ancêtres les Morins vivaient sous les mêmes conditions climatiques que nous.
 
L’épaisseur de la tourbe varie de 0 à 3 mètres. Aux plus grandes épaisseurs de tourbes correspondaient surement des dépressions formant marécages dans lesquelles on trouvait des forêts. Il est vraisemblable que la formation de tourbe a provoqué un nivellement de terrain. A ces différentes épaisseurs de tourbe correspondent encore également quelques dépressions dues au tassement de ce matériau, l’importance du tassement étant proportionnelle à l’épaisseur de la tourbe.
 
Cette transgression marine de Dunkerque (ou dunkerquienne) provoqua l’inondation de toute cette zone marécageuse constituée par le delta de l’Aa. Ce delta, envahi par la mer, constituait alors un golfe dans lequel émergeaient vraisemblablement quelques îlots. C’est ce golfe que l’on appela Sinus Itius, au fond duquel se trouvait le port de Sithiu, où Saint Omer, évêque de Thérouanne vers 637, élèvera un monastère qui donnera ensuite naissance à une ville qui portera son nom.
 
L’Aa et l’Yser se jetaient donc dans cette plaine maritime recouverte d’eau qui formait ainsi un bassin de décantation idéal. Au fil des ans, cette plaine se recouvre d’une épaisse couche d’alluvions fluvio-marines, formées de limon et d’argile sableuse auxquelles viennent de mélanger des coquillages roulés par la mer. C’est cette sédimentation qui formera plus tard cette argile compacte et homogène qu’on appelle argile poldérienne et qui, par endroits, atteindra jusqu’à 5 mètres d’épaisseur.
 
La transgression dunkerquienne se poursuivit au cours des Ve, VIe et VIIe siècles et se stabilisa ensuite. Les siècles passent, l’alluvionnement se poursuit et le sol de notre plaine maritime remonte peu à peu jusqu’à former de petits îlots, qui, petit à petit, se relieront entre eux. L’Aa s’écoule alors à la mer par d’innombrables petits ravinements, que les atterrissements auront vite fait de combler. L’Aa sera ainsi obliger de se ménager des lits dans les thalwegs les plus importants qui seront aménagés et canalisés pour devenir la Colme (haute et Basse Colme), le canal de Bergues et les principaux watergands dont le Vliet qui se transformera ultérieurement en canal de Bourbourg.
 
En même temps que cette stabilisation s’accomplit, une flèche littorale se forme à l’emplacement actuel du cordon dunier. L’action conjuguée des flots, des courants et du vent relève cette flèche qui, lentement, émerge au-dessus du niveau des hautes mers.
 
La formation des cordons littoraux que nous connaissons actuellement, et au pied desquelles s’étendent d’immenses plages de sable fin, est donc relativement récente.
Il faut distinguer ces cordons littoraux récents, des cordons de dunes très anciens qui se trouvent parfois à trois ou quatre kilomètres à l’intérieur des terres et sur la formation desquelles nous connaissons peu de choses, mais qui remontent vraisemblablement à l’époque de la séparation de l’Angleterre et du Continent.
Ce cordon de dunes anciennes, tel que celui que l’on rencontre à Ghyvelde par exemple, sur cinq à six kilomètres de longueur, a une larguer variable de 6 à 800 mètres et ne dépasse guère 8 à 10 mètres de hauteur. Il semble qu’autrefois il a dû être continu puisque l’on en retrouve trace à Grande-Synthe, Loon-Plage et dans le Calaisis, mais que sous l’effet de l’érosion il s’est étalé, aidé en cela par l’homme pour augmenter les surfaces cultivables.
 
Le développement des unes récentes, formées par l’apport à chaque marée de matériaux détritiques, accéléra le processus d’alluvionnement de la plaine maritime et sera le facteur déterminant pour la conquête de notre sol sur la mer.
 
Ces embryons de dunes ainsi constitués empêcheront que la mer pénètre à marée haute sur toute la longueur de la côte à l’intérieur des terres, mais seulement par les quelques trouées existant encore.
 
Ces trouées sont à l’origine de la création des chenaux inversés par lesquels à marée haute l’eau s’engouffrera pour inonder la plaine et par lesquels elle s’évacuera pour inonder la plaine à marée basse avec les eaux d’égouttement de l’arrière-pays. Ces mouvements entraîneront la formation d’une série de pouliers internes et externes par l’apport de matériaux érodés sur les cordons littoraux qui viennent se déposer dans les eaux plus calmes à l’intérieur de la baie. Une partie de Dunkerque est construite sur un poulier formé à l’abri du chenal inversé formé par l’estuaire du Vliet (actuellement canal de Bourbourg) qui était alors une branche de l’Aa. C’est d’ailleurs dans un poulier formé par le Vliet à Armbouts-Cappel en des temps plus reculés encore, qu’a été prelevé le sable nécessaire à la construction de l’autoroute.
 
A travers ces trouées, les vastes étendues qui sont ainsi recouvertes d’eau à chaque marée, ne subissent plus l’assaut des flux et des vagues, mais se remplissent lentement, provoquant une décantation parfaite des matières en suspension. A marée basse, l’eau se retirera calmement, ainsi, deux fois par jour la nature fera œuvre utile en relevant le niveau des terres.
 
Après plusieurs siècles, les sédiments accumulés seront si importants que les eaux de la mer ne recouvriront plus l’intérieur du pays que lors des marées d’équinoxe. Jusqu’aux Xe et XIe siècles, l’eau remonte encore dans l’estuaire jusque Uxem, Bergues et Spycker, mais un siècle plus tard, elle ne recouvrira plus que les dépressions aux abords de Dunkerque.
 
L’homme fera en sorte, avec sa science, son courage et sa ténacité, que ces invasions de la mer ne se produisent plus. Il s’organisera en conséquence en parachevant ce que la nature a si bien commencé. C’est ainsi qu’au cours des siècles qui suivront, il perfectionnera sans cesse ses méthodes de desséchement et s’organisera pour tirer le meilleur parti de ce que la nature met à sa disposition.
La mer se retire donc, laissant la place à une plaine riche mais dont l’accès est très difficile. Il faudra que ces terres s’égouttent très longtemps avant qu’elles ne deviennent cultivables du fait de la forte imprégnation d’eau saumâtre. Nous verrons par la suite que cette mise en culture sera souvent remise en cause par les invasions marines, invasions naturelles dues aux caprices de la nature, mais malheureusement aussi, inondations provoquées par l’homme pour se défendre e temps de guerre.
Quoiqu’il en soit, une barrière naturelle nous protège désormais de la mer, il suffit maintenant d’agir pour que l’estran soit le plus réduit possible et que l’effet des marées diminue au maximum à l’intérieur des terres.
 
Il y eut quelques premières tentatives de dessèchement vers le VIe et VIIe siècle, mais ces tentatives isolées, sans méthode, étaient vouées à l’échec. Il faudra attendre longtemps encore pour qu’une entreprise de grande envergure soit engagée. Pendant tout ce temps la régression marine continue, mais cela n’empêche pas les marées de remonter jusqu’à Sithiu (Saint-Omer) par la rivière Aa. Sithiu qui, en ce temps-là, est encore une île entourée de marécages (Saint-Omer, évêque de Thérouanne, parlant de la cathédrale actuelle, dit : « basilica in isula Sithiu, ubi antea monasterium »).

les inondations défensives à Dunkerque



La Flandre est un pays bas, plat et humide. Déjà Vauban prévoyait dans la défense de ses ouvrages l'utilisation des eaux en tendant des inondations afin de retarder les progressions de l'ennemi, et aussi de les empêcher de s'installer. Cependant, il ne faisait que reprendre les méthodes de son homologue néerlandais Coehoorn... Aux mêmes causes, les mêmes effets, les défenseurs du littoral dunkerquois ne pouvaient de reprendre les mêmes méthodes, en 1914, en 1918, en 1940 mais aussi quand les Allemands étaient assiégés dans la Festung Dunkirchen, en 1945...

In R. Bethegnies : Le Sacrifice de Dunkerque, 1940. – Yves Demailly éditeur, Lille, 2e édition 1947, 326 pages, pp. 225-226


La plaine maritime française s’étendant entre Calais et Bray-Dunes et qui forme une pointe sur le cours de l’Aa vers Saint-Omer, est à un niveau situé entre ceux des hautes et basses mers de la Mer du Nord. Elle comporte une série d’anciennes lagunes, dont la plus importante – celle des Grandes Moëres –, au milieu de laquelle est tapi le village du même nom, est entourée par la digue défensive du Ringsloot qui suit, côté est, la frontière. Cette dépression du sol se continue d’ailleurs en territoire belge jusqu’à Nieuport.
 
Cette région, dite des « Wateringues », est protégée des inondations marines par un cordon littoral de dunes. Elle est en outre sillonnée par un réseau serré de fossés de toutes dimensions appelés « watergands », destinés à assurer aussi bien l’irrigation que le desséchement. Ces watergands communiquent avec les canaux aboutissant à Calais, Gravelines et Dunkerque où, par l’intermédiaire d’ouvrages appropriés, ils se déchargent dans les avant-ports à marée basse.
 
En temps de guerre, l’inondation de la plaine côtière du Nord constitue une défense naturelle des points hauts que sont les établissements maritimes de commerce. Maintes fois dans l’Histoire, on eut recours à cette suprême mesure  pour dresser, en avant du camp retranché de Dunkerque, une barrière quasi infranchissable pour l’envahisseur. Elle a été déployée à deux reprises en 1914 et 1918, lors des grandes offensives allemandes dans les Flandres, mais à titre préventif : grâce au débordement de l’Yser, les Alliés stoppaient l’ennemi dans sa course à la mer, à une trentaine de kilomètres de la cité de Jean Bart.
 
Les inondations peuvent être tendues, soit uniquement à l’eau douce en arrêtant les écoulements à la mer aux trois ports français précités et en utilisant les eaux de l’Aa pour gonfler les canaux alimentés par cette rivière, soit en cas d’attaque inopinée, en ouvrant à marée haute les ouvrages exutoires pour envoyer de l’eau salée dans les canaux collecteurs. Le résultat est, en effet, obtenu beaucoup plus rapidement par le second procédé que par le premier qui exige plusieurs semaines en période de sécheresse.
 
Du point de vue stratégique, il s’agit de faire obstacle à une agression venant de Belgique et de couvrir, en conséquence, les fronts Bray-Dunes – Bergues et Bergues – Watten, distincts tous deux par leur altitude (celui-ci étant au moins d’un mètre plus élevé que celui-là) et par le mode d’évacuation normale de leurs eaux. Chaque front comprend plusieurs bassins pouvant être couverts séparément ou simultanément.
 
Le premier but à atteindre est d’imbiber suffisamment le sol pour qu’il devienne marécageux et, de ce fait, impraticable aux mouvements de troupes. On réalise ensuite une nappe d’eau camouflant le terrain.
 
Dès 1930, sur l’ordre de la Commission des Régions frontières, le service du Génie, avec le concours des Ponts et Chaussées, étudia les moyens d’inonder les secteurs Bray-Dunes – Bergues et Bergues – Watten de manière à ne pas compromettre, par un trop grand apport d’eau salée, la remise en culture des terres à immerger. Aucun accord n’avait lieu avec les Belges dont on ignorait les intentions. D’autre part, on renonçait provisoirement à la branche Watten – Calais, face à l’ouest.
 
Il avait été admis, qu’en cas d’urgence, et si les délais prescrits par le Commandement le permettaient, on pourrait tendre ces inondations à l’eau de mer jusqu’aux côtes (+ 3,12) pour le premier secteur et (+ 4,42) pour le second, après saturation à l’eau douce jusqu’aux côtes respectives (+ 2,82) et (+ 3,92) (note : ces côtes sont données par rapport au zéro des cartes marines qui se trouve, à Dunkerque, à 2,42 m au-dessous du zéro Bourdaloue utilisé par le génie). La nappe devait avoir ainsi une épaisseur d’environ un mètre dans les bas-fonds.
 
Il convient d’observer que les grandes Moëres, qui peuvent d’ailleurs être noyées rapidement, n’étaient pas comprises dans le programme établi.
 
Des mesures préparatoires étaient prévues pour lui être appliquées dès la mobilisation générale, car une telle opération nécessite des précautions afin de limiter les inondations aux seules zones indispensables.
 
Aux Ponts et Chaussées, relevant de l’autorité militaire, devait incomber l’exécution de cette tâche délicate, la Sous-Préfecture étant chargée d’aviser les communes intéressées pour faire évacuer la population civile en temps opportun.


carte : les zones inondées en 1940

mardi 28 juin 2016

les métamorphoses temporaires du MLV* Castor

Engagé par Christopher Nolan pour les scènes navales de son film "Dunkirk" (pour ce que l'on sait actuellement du titre de ce long métrage), le MLV* Castor a subi quelques transformations provisoires pour le faire ressembler le plus possible aux navires anglais de la dernière guerre, de ceux qui participèrent au sauvetage du B.E.F. (British Expeditonnary Force) sur les plages et port de Dunkerque.

Une nouvelle livrée grise en remplacement de sa peinture blanche, des tourelles et canons en bois en complément de la pièce d'artillerie posée sur son pont avant, une "nouvelle" passerelle et les armes néerlandaises masquées et voici un acteur de premier plan paré pour toutes les prises de vues, non sans avoir perçu un "nouveau" numéro de coque, passant de A810 à H11...

le lancement du Castor en 1950

 Le Castor au début des années 50
Le Castor en 1954
 
Le Castor a été construit en 1950 par ordre du ministère néerlandais de la Défense. En raison d'un accroissement significatif du commerce international, les navires qui accostent à Rotterdam, Amsterdam ou encore Delfzijl, dans le Nord des Pays-Bas sont de plus en plus grands. Il devient alors nécessaire de construire de nombreux bateaux pilotes, mission qui a été affectée au Castor la majeure partie de sa carrière.


 
Les Pays-Bas devenant membre de l'OTAN, il est alors aussi nécessaire de renforcer la flotte mais avec la reconstruction, les finances sont assez faibles. Dès lors, les pilotes commandés sont envisagés avec un emploi mutli-rôle. Le Castor, comme ses sister-ships sont donc à la fois des pilotes et des navires de la Marine militaire... Il reçoit alors le numéro de coque a 810 et est doté d'un canon de calibre 3 "/ 76 sur son pont avant, permettant d'ouvrir le feu le cas échéant sur tout navire entrant dans les eaux territoriales sans y être autorisé. Si nécessaire, le Castor pouvait être aussi équipé d'une gamme d'armement supplémentaire; 2x 20mm Oerlikon, 2x 40 mm Bofors et même 2 charges de profondeur. L'équipage était alors de 52 hommes.


Encore plus fascinant, le rôle de guerre officiel du Castor était de faciliter l'évacuation de la famille royale hollandaise ou du gouvernement néerlandais en cas de guerre nucléaire et d'agir comme un «navire de communication» pour des convois de l'Atlantique.

 









Après 34 ans de service Castor a été décommissionné de sa fonction de bateau-pilote et a été vendu à une société privée, qui l'utilise comme un navire hydrographique pour une brève période. Une société de l'église britannique appelée SeaCare l'a achetée en 1988. Les 11 années qui ont suivi, elle a parcouru les océans du monde sous son nouveau nom, Redeemer (Rédempteur).
Après sa carrière avec SeaCare, le Castor a été vendu à un nouveau propriétaire en 1999, qui la laissé lentement pourrir dans le port de pêche d'Urk (dans le Flevoland, sur l'Ijsselmeer). C'est d'ailleurs dans ce même port que se poursuivent les prises de vues navales complétant celles de Dunkerque, les eaux de l'Ijsselmeer étant plus calmes que celles de la Mer du Nord... Le nouveau propriétaire, belge, désirait le couler pour le transformer en plateforme de plongée récréative.

 





Racheté en 2003, ce n'est qu'en 2006 que le Castor a été sauvé de la démolition par son propriétaire actuel et que la restauration a été entreprise.
  Il est actuellement détenu et exploité par une fondation et est amarré au large de la Antoine Platekade au Rijnhaven dans le centre de Rotterdam. 


 
* MLV = Marine / Loods Vaartuig (néerlandais) = navire de la Marine / Pilote

lundi 27 juin 2016

Angellier, universitaire hors normes

Un statue posée dans un square à quelques pas de l'ancienne bibliothèque universitaire de Lille semble encre veiller sur les passants de l'ancien quartier universitaire... Bien que depuis le transfert des facultés à Villeneuve d'Ascq, il y ait là moins d'étudiants, le souvenir demeure...

A Dunkerque, dans sa ville d'origine, c'est un lycée qui perpétue son souvenir mais dans cette ville, combien se souviennent encore de lui?

Né à Dunkerque en 1848, il passe son enfance à Boulogne-sur-mer où sa mère l'emmene après s'être séparée de son mari. L'enfant est studieux  et obtient une bourse lui permettant d'entrer à l'Ecole Normale Supérieure en 1866 mais il est pris en grippe par le Censeur du Lycée Louis-le-Grand... C'est qu'on le soupçonne, à tort selon certains, d'avoir mené la fronde contre la piètre nourriture de la cantine. L'animosité est telle que celui-ci le fait expulser pendant les épreuves d'admission. Cette éviction est une réelle catastrophe financière et personnelle mais par chance, un ami l'aide en lui trouvant un emploi dans un pensionnat anglais. Cette embauche décide définitivement de son orientation.

Survient la guerre franco-prussienne de 1870, l'armée l'envoie d'abord à Lyon puis à Bordeaux mais frappé d'une grave infection pulmonaire, il est rapatrié à Paris pendant la Commune, épisode douloureux à plus d'un titre puisqu'il manque de se faire lyncher par des Communards. Finalement autorisé à travailler pour l'Instruction Publique au sortir de la guerre, il obtient un poste de répétiteur au Lycée Descartes tout en décrochant sa licence. Le poste est d'une importance vitale car il fait l'avoir obligatoirement occupé trois ans pour être en mesure de présenter l'agrégation, qu'il passe avec succès puis enseigne au Lycée Charlemagne jusqu'en 1878, année de son départ en Angleterre pour des missions d'études régulières.

L'homme a cependant bien des activités. Il décide de s'atteler à l'amélioration de l'enseignement des langues vivantes mais collabore en même temps au Journal "Le Temps", suscitant des doutes sur la carrière à suivre d'autant plus qu'Auguste entretient de nombreuses amitiés littéraires et s'adonne de plus en plus à la poésie.

En 1881, il obtient un poste de Maître de conférences en Anglais à la faculté de Lettres de Douai puis à Lille lorsque l'Université y est transférée en 1887.

En 1893, au terme de quinze années de préparation, il passe avec succès ses deux thèses de doctorat, chacune consacrée à un poète : la « majeure » à l’Écossais Robert Burns, et la thèse complémentaire à John Keats, thèse rédigée en latin comme il est en est alors de coutume ! Le titre de cette dernière : De Johannis Keatsii, vita et Carminibus. Son approche est néanmoins plus intimiste que scientifique. Son travail est jugé révolutionnaire et l'obtention du grade lui confère désormais le titre de Professeur. 

Désormais, il mène la carrière d'un universitaire brillant, il préside plusieurs jurys d'agrégation puis est élu finalement doyen de la Faculté des Lettres de Lille en 1897, faisant de lui le premier "Lillois" à occuper cette prestigieuse fonction. Malgré des soucis de santé, il accepte d'être détaché à l'Ecole Normale supérieure en 1902 (belle revanche sur son éviction en 1866) pour y enseigner sa langue de prédilection.

Côté littérature, l'homme est éclectique. Il se rend régulièrement sur la Côte d'azur pour soigner sa santé vacillante et naturellement il se lie d'amitié avec nombre d'auteurs. Son oeuvre poétique est publiée assez rapidement et lui vaut une réelle notorité. Parmi les titres alors les plus célébres "A l'amie perdue", publiée en 1896, relate un drame sentimental qui le marque profondément. "Le chemin des saisons", publié en 1903 puis "Dans la Lumière antique" paru en 1905, le consacrent définitivement.

Sa santé se dégrade cependant et il décède en 1911 alors que l'élection à l'Académie Française lui semblait acquise...

A Lille, une statue de Desplechin, érigée en 1928, perpétue son souvenir, faisant de lui le gardien "naturel" de l'ancien quartier universitaire...

le PAVON, victime de l'opération Dynamo



 Des navires perdus lors des combats de Dynamo, il y en a beaucoup. Un de ceux-là, quasiment tombé dans l'oubli, n'est finalement connu que pour la photo le montrant échoué sur l'estran de Oye-Plage. Un ouvrage résumant l'histoire de la compagnie qui le possédait (la compagnie de navigation d'Orbigny), donne une résumé succint de sa courte histoire...

PAVON
(ville située en république argentine)


In : « Compagnie de navigation d’Orbigny 1965-1950 », 1952, 170 pages, p.154


Vapeur construit à Old Kilpatrick (Ecosse) en 1930 par Napier & Miller
Longueur : 394 pieds. Largeur : 53 pieds. Creux : 23 pieds
Jauge brute : 4.127 tonneaux. Jauge nette : 2.439 tonneaux
Port en lourd : 7.500 tonnes
Machine : 2.000 chevaux
Immatriculé à La Rochelle le 28 novembre 1930, fo. 1.055, n0 3.154

Equipage : 38 hommes, semblable à celui du Moron

Depuis sa mise en service jusqu’au début de la guerre en 1939, ce navire fit principalement les voyages d’Anvers à Montevideo et Buenos-Aeres avec retour au Havre, à Dunkerque et à Anvers, et escales occasionnelles à Bahia-Blancas, au Brésil et à Cherbourg.
Réquisitionné par la Marine Militaire Française en mai 1940, pour une opération sur les côtes de Hollande, il fut incendié par bombes d’avion le 21 mai 1940, échoué à l’est de Calais et perdu.
Par ordre n°1.193 du 24 mai 1940, l’Amiral de la Flotte, Commandant en Chef des Forces Maritimes Françaises, cite à l’ordre de l’armée de Mer, le navire « Pavon » avec le motif suivant :
« A vaillamment pris part aux opérations sur les côtes de Hollande et de Belgique. Incendié le 24 mai 1940, à la suite d’un violent bombardement aérien »
Signé : DARLAN


mardi 21 juin 2016

Albert Gayet, un célèbre inconnu auprès des Dunkerquois



On ne mesure à quel point nous sommes attachés à certaines choses que lorsque l'on ne peut plus y accéder... Depuis quelques mois déjà, et pour un temps indéfini, le musée des Beaux-Arts de Dunkerque est fermé... Personne ne sait quand (dans l'hypothèse - effectivement - d'une réouverture) et dans quelles conditions l'on pourra rendre visite à la pensionnaire la plus célèbre de Dunkerque... 


Aucun Dunkerquois n'ignore cette prophétesse d'Antinoë conservée dans un cercueil de verre, au corps enduit de bandelettes goudronnées, encore couverte de feuilles d'or... Des études médico-légales et archéologiques ont été menées sur sa dépouille et peu de détails la concernant ont échappé aux chercheurs...

Reste qu'il faut rendre à César ce qui est à César... et à Gayet ce qui lui revient de droit... Car à première vue, le rapport n'est pas évident, Gayet n'étant pas Dunkerquois...

Albert Gayet

Né à Dijon en 1856, ce fils d’un marchand de peaux se passionne pour l’Orient. Entre l'aventure coloniale, la littérature le souvenir de l'expédition d'Egypte de Bonaparte, cet Orient fascine... Gayet se passionne tant qu'il sollicite Gaston Maspero pour directeur de recherches et finit par partir en Egypte. 

Le choix de Maspero comme Maître est logique, il est une sommité, à l’origine, entre autres de la découverte de la momie de Ramsès II ! 

Sous l’autorité du Boulonnais Auguste Mariette, qui a créé en 1858 le service des antiquités égyptiennes au Caire, il fouille méthodiquement le pays. Mais la mode et la recherche privilégient les monuments purement égyptiens et se désintéressent des périodes postérieures. Comme aujourd'hui encore, les monuments de cette époque sont grandioses et attirent les voyageurs. Rien de bien neuf finalement, encore aujourd'hui des pans entiers de la civilisation égyptienne restent dans l'ombre parce que moins "sensationnels"...

Mariette accepte en 1895 d’envoyer Albert Gayet à Antinoë, à 300 kilomètres plus au sud. La ville a été fondée par l’Empereur Hadrien, en 132, en l’honneur de son favori, Antinoüs, mort noyé dans le Nil. C’est une cité purement romaine dont les habitants adoptent facilement les us et coutumes des populations qu’ils côtoient. Les Romains ne font que répéter ce que firent avant eux les populations hellénistiques...
Gayet peut aussi constater la lente progression du christianisme, clandestin et persécuté, puis toléré et enfin officiel et suivre l’histoire de l’Egypte copte où le paganisme persiste, où les croyances s’influencent... La cité, importante, est finalement érigée en Evêché. 
 
Quinze ans durant, Albert Gayet met au jour d’importantes nécropoles coptes et exhume de nombreuses momies que le public peut encore admirer. A Dunkerque, la petite prêtresse rousse - fait exceptionnel - entièrement couverte d’or est largement connue du public. Découverte en 1906, elle ne correspond pas à l'idée que le grand public se fait des momies telles que l'on peut en voir dans nombre de musées... Gayet a d'autres découvertes à son actif. Grâce à lui, Dunkerque et Grenoble ont un point commun. Dans cette charmante bourgade alpine, c’est une prophétesse qui semble elle aussi dater du IIIe ou IVe siècle. Allongée elle aussi sur un lit de feuilles de figuiers, elle a conservé de riches habits coptes aux parures fines et délicates. 
 
Les découvertes majeures de Gayet sont partagées entre Paris et le Caire mais lorsqu’il décède en 1916, il lègue au musée de Dijon, sa ville natale sa collection personnelle de tissus coptes, notamment les linges funéraires… mais nombre de ses découvertes sont disséminées un peu partout en France : notre momie n’est dunkerquoise que depuis 1907 !